Lors de la guerre de Cent Ans, après leur éclatante victoire à la bataille de Crécy (1346), les Anglais se sont solidement établis en Guyenne et mènent régulièrement des raids dans le Sud de la France. En 1355 déjà, le roi de France Jean II manquant de fonds n'avait pu les combattre. Il réunit en 1356 les états généraux qui lui accordent ce dont il a besoin pour lever une armée. La bataille a lieu à Nouaillé-Maupertuis près de Poitiers.
Il existe, pour l'armée qui relevait du ban féodal, le droit reconnu par l'ordonnance royale du 30 avril 1351, pour les seigneurs bannerets, de se départir (se dégager) d'une bataille jugée perdue et inutile à poursuivre. Ce départ doit se faire par délibération d'une même bannière et en ordre. Il ne se confond pas avec la fuite, mais s'explique par le souci d'éviter de se faire prisonnier et de verser une rançon qui coûtait fort cher. Il est prescrit de prévenir de son départ.
Alors que le roi Jean II le Bon n'a pas encore donné l'assaut avec le gros de ses troupes, celles-ci l'abandonnent. Il pense alors que la défaite est possible, et sauve ses fils en les envoyant à Chauvigny : le dauphin Charles, le duc de Normandie et le duc d'Anjou.
Jean Chandos l'aperçoit de loin, reconnaissable à sa cotte d'armes fleur-de-lysée et le montre au prince de Galles : « Adressons-nous devers votre adversaire le roi de France, car en cette part gît tout le sort de la besogne. Bien sçait que par vaillance, il ne fuira point. »
Jean le Bon, sur une élévation de terrain appelée le champ Alexandre, entouré de ses plus fidèles, descend de cheval et fait mettre, à tous, pied à terre. Puis, saisissant une hache d'armes, il attend l'assaut.
Certes, Philippe VI, son père, n'avait commis aucune lâcheté, lorsque après s'être vaillamment battu, il se laissa entraîner hors du champ de Crécy par les compagnons qui lui restaient.
L'essence du pouvoir des rois de France est censée être d'ascendance divine. Une attitude non chevaleresque discréditerait la branche des Valois déjà vaincue à Crécy. Or Philippe VI, son père, avait été choisi comme roi au détriment d'Édouard III pourtant petit-fils de Philippe le Bel. Jean le Bon, ayant mis ses enfants à l'abri, choisit donc un sacrifice héroïque.
C'est ici que le commentaire de Jean-Michel Tourneur-Aumont, historien et professeur d'histoire à la Faculté des Lettres de Poitiers, prend un sens ésotérique. C'est le sacrifice du roi.
« Pressé de toutes parts, il se bat jusqu'à l'épuisement de ses forces et l'on peut se demander dans quelle faible mesure, l'appât de la rançon a pu retenir la main de ces guerriers avides, mais farouches, tout sanglants des coups que le roi leur portait. La voix de son fils cadet âgé de 14 ans, Philippe (qui en gardera le surnom de Hardi) qui était revenu se glisser à ses côtés retentit encore dans l'épopée française :— Père, gardez-vous à droite ! — Père, gardez-vous à gauche ! »
La popularité et la considération du roi vaincu furent unanimes. Elles sont attestées par les faits les plus probants : les dons volontaires pour la rançon en des temps de crise économique cruelle ; les entreprises de délivrance ; la littérature sans publicité, le prestige à Avignon, l'éclat des funérailles en 1364.
À deux lieues de là se dresse le tout neuf château de Chambonneau. Le Prince noir le prend par bluff. C'est au premier étage du donjon (encore existant) que se déroule le premier repas de captivité du roi et de son fils le 19 septembre au soir. Devant eux, un capitaine anglais blessé dans le combat et moribond à Chambonneau, rend l'âme dans les bras du Prince noir. Il s'agit du sire Dandley. (Ces précisions sont données par la lettre de condoléances adressée le 20 septembre 1356 à la veuve Dandley.)
Bilan
Jean le Bon est fait prisonnier par Denis de Morbecque, Édouard III exige une énorme rançon de quatre millions d'écus d'or pour sa libération. Son prestige est au plus haut contrairement à celui de la noblesse française. Le roi étant captif, le royaume va sombrer dans la guerre civile.
Les états généraux de langue d'oïl sont réunis peu après. Ils décident de libérer Charles II le Mauvais, roi de Navarre, cousin et beau-frère du roi captif, dans l'espoir qu'il protège le pays dans la défaite. Mais le Navarrais entre en contact avec les Anglais pour s'approprier de nouveaux fiefs.
Enfin, en 1360, le traité de Brétigny, négocié par Jean Chandos côté anglais, et par Bonabes IV, sire de Rougé et de Derval, côté français, rend la liberté au roi Jean le Bon contre une rançon de 3 millions d'écus d'or, (à sa mort, le 8 avril 1364, à peine un tiers de la rançon avait été versé)[3]. En outre, la France abandonne aux Anglais la partie du royaume correspondant aux anciennes possessions des Plantagenêts en Aquitaine, soit quasiment tout le sud-ouest de la France.
Enfin, l’efficacité des archers gallois, après Crécy, pousse à la création d’unités d’archers par le futur roi de France Charles V. Celles-ci sont dissoutes sous la pression de la noblesse, mais l’idée est reprise un siècle plus tard (et après Azincourt) pour la création des compagnies d'ordonnance en 1445 et les francs archers en 1448.





